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Réflexions autour du jour du Souvenir

1er novembre 2012 - Par Nelson Michaud, Ph.D.

L’arrivée du mois de novembre ramène sur nos trottoirs la vision du coquelicot rouge, symbole d’un engagement, jusqu’au sacrifice ultime, pour la défense d’une société meilleure. Souvenir des guerres d’antan ou rappel contemporain d’un monde toujours à bâtir ?

Les conflits humains, toujours présents

Un sondage de fin d’été plaçait le Canada au deuxième rang des nations en termes d’« indice de bonheur » et, à l’intérieur du Canada, le Québec se distinguait parmi les premiers rangs. Cette attitude collective fort positive se dégage malgré le flot continu de nouvelles catastrophes dont les médias nous abreuvent. En contrepartie, s’il est vrai que nous habitons dans une société choyée, il ne faut pas pour autant la tenir pour acquise. L’instantanéité des échanges et notre interdépendance économique séculaire font en sorte que nous pourrions être touchés par ces conflits qui surgissent ailleurs.

Ces conflits humains sont de différentes natures. Historiquement, les hostilités mettaient aux prises deux ou plusieurs États. C’étaient de véritables guerres pour l’acquisition de territoires, de ressources ou l’implantation de régimes politiques. Elles embrasaient souvent des parties entières du monde, comme ce fut le cas avec la guerre de Sept Ans ou les deux guerres mondiales des années 1900.

Depuis la fin du XXe siècle, la plupart des rivalités se traduisent davantage dans le cadre de guerres civiles qui, parfois, débordent sur les États voisins. La situation en Syrie et les retombées sur le Liban illustrent très bien ce type d’engagement armé. Ce dernier genre de conflit a évidemment des répercussions plus locales.

Un bref coup d’œil à la situation internationale nous laisse cependant entrevoir une forte possibilité d’un retour aux guerres plaçant face à face des belligérants étatiques aux volontés antagonistes.

Les points chauds

Au cours des prochains mois, deux points chauds seront particulièrement à surveiller, sans compter la poudrière afghane dont la sortie de crise n’est pas prévisible, ni les instabilités apportées par le « printemps arabe », pourtant perçu par certains comme la victoire de la démocratie alors qu’il a en fait ouvert la porte à d’autres militantismes.

Les points chauds dans le monde
Les points chauds dans le monde

Le premier point chaud se situe au Moyen-Orient. Cet espace géopolitique est en ébullition depuis des milliers d’années. La Bible nous rapporte les relations tendues des fils d’Israël avec l’Égypte, mais aussi avec Babylone – l’actuel Irak – dont le roi avait envahi Jérusalem. Aujourd’hui, l’attitude adoptée par l’Iran est menaçante au plus haut point pour l’ensemble de la région et pourrait vite déborder sur le monde. Dans ce contexte, les élections israéliennes législatives anticipées, déclenchées par le premier ministre Benjamin Netanyahu et annoncées pour le 22 janvier prochain, ont pour prétexte un différend budgétaire, mais elles nous présenteront assurément une forte teinte sécuritaire.

À l’autre bout de l’Orient, la Corée du Nord continue d’inquiéter les observateurs et plusieurs regards sont tournés vers cette direction pour tenter de comprendre et de mesurer la prévisibilité d’un régime stalinien hermétique. Si préoccupante soit cette situation, elle ne devrait pas nous empêcher de voir les tensions qui naissent autour de la Chine, dont tout le monde veut se faire ami pour des raisons économiques. Ces liens constituent d’ailleurs un atout majeur dont Beijing est parfaitement consciente : la Chine possède littéralement de vastes pans de l’Afrique et elle contrôle une partie non négligeable de la dette américaine. C’est dans ce contexte où l’économie peut ralentir les velléités de représailles qu’il faut prendre connaissance des escarmouches avec le Viet Nam autour des îles Spratly et la mise en service, à la fin de septembre, d’un porte-avions dans un contexte de fortes tensions avec le Japon quant à la possession des îles Senkaku/Diaoyu. Ces actions, qui témoignent d’une volonté chinoise de placer sous contrôle national les ressources que recèlent ces amas de roc dont on entend par ailleurs peu parler, peuvent en un rien de temps dégénérer.

Le Canada dans le monde

Devant cette redéfinition géopolitique qui semble s’imposer, le Canada ne peut rester indifférent. Nos intérêts sont intimement liés, non pas tant à une région en particulier – si ce n’est notre appartenance continentale – qu’à une stabilité globale. Pour la défense de nos intérêts, la voie privilégiée a été celle du multilatéralisme. Ce fut le cas depuis plus d’un siècle, alors que le premier ministre Borden en découvrait les vertus autour de la table du Cabinet impérial de guerre qui rassemblait, à Londres, tous les pays de l’Empire britannique. Puis ce furent les contributions à la Société des Nations et à l’Organisation des Nations unies (ONU). En est découlé l’internationalisme pearsonien qui a caractérisé l’action internationale du Canada.

Or, lors de son discours devant l’ONU le 1er octobre, le ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, a livré un message très critique vis-à-vis cette institution multilatérale. Peut-on y voir un réalignement de la position canadienne à moyen et à long terme ? Si c’est le cas, quelle sera la politique adoptée par le Canada pour défendre nos intérêts dans l’éventualité d’un conflit plus large qu’une guerre civile ? Au moment où nous nous souvenons de celles et ceux qui ont défendu les assises de nos sociétés, ces questions sont d’une grande actualité.

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