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La nuit où Sainte-Foy perdit sa vieille église

3 mai 2012 - Par Jean-Marie Lebel, historien

Il y a de cela 35 ans, un tragique incendie détruisait, au printemps de 1977, la vieille église paroissiale de Sainte-Foy. Tellement de souvenirs, heureux comme malheureux, étaient rattachés à cet édifice que bien des Fidéens (c’est ainsi que l’on appelait les citoyens de Sainte-Foy) eurent le douloureux sentiment que leur ville perdait à tout jamais une part importante de son histoire et de son âme.

 

C’était l’église du curé Scott

On peut encore voir, de nos jours, à l’angle du passant chemin Sainte-Foy et de la montée abrupte de la route de l’Église, de hautes murailles de pierres noires. Ce sont les vestiges de l’église Notre-Dame-de-Foy, que l’on appelait communément l’église de Sainte-Foy. À leurs côtés, le vieux presbytère, une élégante maison blanche aux longues galeries, abrite maintenant le Centre d’interprétation historique de Sainte-Foy. En 1977, le curé Alfred Berthiaume y résidait. Appartenant à une famille pionnière de Sainte-Foy, il était fort attaché à son église, d’autant plus que son ancêtre Jacques Berthiaume avait, aux lointains jours de la Nouvelle-France, donné une partie des terrains de l’église.

Le chœur somptueux de l’église. - Tiré de Sainte-Foy – L’art de vivre en banlieue au Québec, Michel Lessard, avec la collaboration de Jean-Marie-Lebel et Christian Fortin, Les éditions de l’homme.

Le chœur somptueux de l’église

Au cours du samedi 11 juin 1977, le curé Berthiaume avait officié dans son église à quelques mariages. À la messe dominicale de 17 h, un couple avait célébré ses noces d’or. En soirée, la chorale paroissiale avait donné un concert fort apprécié. Les visiteurs comme les paroissiens ne pouvaient que s’émerveiller devant la riche ornementation corinthienne de l’intérieur de l’église. Nul ne s’imaginait alors qu’ils la voyaient pour la dernière fois.

 

L’imposante façade - Tiré de Album souvenir des fêtes du tricentenaire de la paroisse de Notre-Dame-de-Foy, 1698-1998

L’imposante façade

On devait ce riche intérieur de l’église au chanoine Henri-Arthur Scott. De vieux paroissiens parlaient encore de l’église comme de « l’église du curé Scott ». Ce dernier, qui avait présidé aux destinées de la paroisse de 1893 jusqu’à sa mort, en 1931, avait été le premier à écrire un livre sur l’histoire de Sainte-Foy. Et l’incendie de son église en 1918 l’avait bouleversé. Conservant les murailles de pierres de 1876, il avait fait reconstruire l’intérieur de l’église selon ses plans. Et il ne manquait ni d’ambitions ni de goût. Il en avait fait une splendide église.

L’église est en feu !

Dans la nuit du samedi 11 au dimanche 12 juin 1977, le curé Berthiaume, qui dormait dans son presbytère, fut réveillé à 1 h 35 par des bruits insolites. Il crut d’abord que quelqu’un déballait des outils qui s’entrechoquaient. Peut-être, raisonna-t-il, qu'il s'agissait d'un automobiliste en panne qui s’apprêtait à effectuer des réparations. Curieux, le curé se leva et se rendit à la fenêtre. Ce qu’il vit alors l’horrifia. Au chevet de l’église, le vitrail, qui ornait la petite fenêtre circulaire surmontant le maître autel, éclatait et les morceaux de verre cliquetaient en tombant sur la toiture en métal de la sacristie. Et le curé vit alors des flammes sortir par la fenêtre circulaire. Il accourut à une autre fenêtre de son presbytère et aperçut le cimetière illuminé par de sinistres lueurs. Il téléphona aux pompiers.

Une nuit tragique - Tiré de Sainte-Foy – L’art de vivre en banlieue au Québec, Michel Lessard, avec la collaboration de Jean-Marie-Lebel et Christian Fortin, Les éditions de l’homme.

Une nuit tragique

À leur arrivée, les pompiers eurent de la difficulté à ouvrir les portes de l’église. Nerveux et impatient, le curé s’emporta. « Ça a été long, se rappellera-t-il. Je leur chantais des bêtises, car quelques semaines auparavant, des jeunes avaient réussi à s’y introduire, se livrant à quelques actes de vandalisme. Je me souviens d’avoir crié au bon Dieu : “N’importe qui est capable d’entrer ici, et eux, ils ne sont pas capables de défoncer les portes !” » Lorsque ce fut enfin fait, l’intérieur de l’église était devenu un brasier infranchissable. À 4 h, dans un grand vacarme, le haut clocher s’effondra dans l’église. On entendit sonner les cloches une dernière fois.

La statue qui disparut dans les flammes - Tiré de Album souvenir des fêtes du tricentenaire de la paroisse de Notre-Dame-de-Foy, 1698-1998

La statue qui disparut dans les flammes

Le curé Berthiaume était catastrophé ! La vélocité des flammes n’avait pas permis que quelqu’un s’infiltre dans l’église pour y sauver le plus précieux des trésors qu’elle abritait : l’historique statue de Notre-Dame-de-Foy. Celle-ci avait déjà échappé aux flammes à deux reprises. En 1918, le curé Scott avait réussi à la sauver. Et en 1760, la statue avait été retirée de l’église avant que les soldats britanniques transforment le temple paroissial en entrepôt à munitions. Le 27 avril 1760, à la vue de l’arrivée des troupes du chevalier de Lévis qui venaient libérer Québec, les soldats britanniques firent exploser l’église dont la construction remontait au début du XVIIIe siècle. Cette statue en bois de Notre-Dame-de-Foy avait été sculptée en 1716. Elle représentait la Vierge Marie tenant l’Enfant Jésus sur son bras gauche. On racontait que c’était le curé de Sainte-Foy de l’époque, Pierre-Gabriel Le Prévost, qui avait lui-même sculpté la statue. L’église de Sainte-Foy avait longtemps été considérée comme un lieu de pèlerinage. Des gens venaient prier aux pieds de la fameuse statue. Et, encore, au début du XXe siècle, le curé Scott avait gardé vivante la dévotion à Notre-Dame-de-Foy. Il avait fait imprimer des images pieuses représentant la statue. Au lendemain de l’incendie de 1977, on ne retrouva rien de la frêle statue.

Toutefois, les flammes de 1977 ne purent atteindre la grande statue de Notre-Dame-de-Foy placée à l’extérieur, dans une niche de la façade. À la demande du curé Scott, elle avait été sculptée en 1920 par le grand Louis Jobin. Elle est aujourd’hui conservée dans la nouvelle église Notre-Dame-de-Foy, construite à l’est du cimetière.

L’effondrement des planchers de l’église en 1977 avait mis au jour la crypte de l’église qui comprenait plusieurs tombeaux en pierre ou en brique. Celui du curé Scott était particulièrement imposant. L’archéologue Michel Gaumond fit d’importantes fouilles et de nombreuses découvertes. Les ossements retrouvés furent inhumés dans le cimetière voisin. Autrefois, un dicton disait : « Rien n’est plus triste que de voir brûler une église ! » Les Fidéens en savent quelque chose…

 

 

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